Analyse : Barack Obama sur l’indépendance de la Catalogne (pour Ricochet)

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Barack Obama s’est invité dans le débat indépendantiste catalan. Le président américain a déclaré qu’il désirait une Espagne «forte et unie». Étonnant ?

Étonnant qu’il ait retiré le terme robuste en copiant-collant sa déclaration à propos du processus sécessionniste écossais! Un Royaume-Uni «fort, robuste et uni», voilà ce pour quoi le président américain avait plaidé à la veille du référendum écossais du 18 septembre dernier. Il a peut-être réalisé entre temps que «fort» et «robuste» sont synonymes.

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Blagues à part, peut-on se surprendre de voir Obama, flanqué du roi d’Espagne, adopter pareille posture à moins de deux semaines d’une élection plébiscitaire sur l’indépendance catalane qui a le potentiel de faire avancer considérablement le processus sécessionniste? Il est président des États-Unis, prend logiquement position pour la stabilité politique chez ses alliés et, par le fait même, ménage ses relations diplomatiques avec un chef d’État ami. Comme il l’avait fait à pareille date l’an dernier avec le Britannique David Cameron.

Et puis, si Barack Obama choisissait plutôt de plaider pour l’auto-détermination des peuples, qui sait si ça ne pourrait pas éveiller les velléités du très marginal mouvement d’indépendance du Vermont (sur lequel La grande cavale américaine s’est penchée en 2012), de celui du Texas ou encore celui de la Cascadie? Quoiqu’en ce qui concerne le Vermont, l’idée d’indépendance doit voler bien bas avec leur socialiste en chef Bernie Sanders en voie de doubler Hillary Clinton dans la course à l’investiture démocrate.

Obama, qui s’était à ce jour gardé de s’exprimer sur une question qu’il considère purement espagnole, honore l’impérialisme américain, mais rejoint surtout le camp des Angela Merkel et autres François Hollande, qui ont également leurs raisons propres de plaider pour l’unité de l’Espagne.

Aux dernières nouvelles, c’est avec Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, que Merkel et Hollande discutent des questions européennes. Si Merkel devait réclamer le droit des Catalans de s’exprimer sur la question nationale alors que Rajoy s’y oppose dur comme fer, quelle gueule pensez-vous qu’il aurait à leur prochaine réunion?

Et puis, l’Allemande et le Français doivent eux aussi gérer avec leurs régionalismes respectifs : la Bavière, la Bretagne, la Corse, la Savoie, etc…

L’importance de publiciser sa cause à l’international

Cette déclaration de Barack Obama rappelle un enjeu central de la démarche des indépendantistes catalans : la reconnaissance internationale.

Les meneurs souverainistes auront éventuellement besoin d’une intervention extérieure s’ils veulent faire progresser leur cause en dépit de l’inflexibilité du gouvernement espagnol, qui refuse de discuter de la question nationale prétextant son inconstitutionnalité. Surtout que la voie empruntée, celle d’élections plébiscitaires, est non-conventionnelle.

Le cas du Kosovo est probant sur cette question, bien que le contexte soit grandement différent de par sa violence. Après un référendum tenu en 2008, le pays a procédé à une déclaration unilatérale d’indépendance, une manœuvre envisagée par les souverainistes catalans s’ils viennent à former un gouvernement majoritaire le 27 septembre.

Si la République du Kosovo existe aujourd’hui, c’est qu’une partie de la communauté internationale l’a reconnue. Autrement, si les Kosovars avaient attendu l’approbation serbe… ils attendraient encore!

Or, le Kosovo ne fait pas partie de l’ONU notamment à cause de l’objection des Russes, fidèles partenaires de la Serbie. Et sur ce point aussi, les Catalans ont avantage à étudier ce cas. Pour eux, la question de l’appartenance à l’Union européenne est cruciale.

Le gouvernement de Mariano Rajoy le sait trop bien et insiste : quitter l’Espagne, c’est quitter l’Europe et devoir, pour la réintégrer, soumettre sa candidature, à laquelle l’Espagne sera fortement tentée de s’opposer.

Mais l’Union européenne est «pragmatique» et respectera un «mandat démocratique» qui servira son «intérêt commun» avec la Catalogne, a répliqué Raul Romeva, candidat de la coalition indépendantiste Junts pel Si et ancien député européen, vendredi dernier devant la presse internationale.

La Catalogne compte «plus de 5000 multinationales, à majorité européennes» et «300 000 citoyens européens», ajoute le président sortant Artur Mas.

«Soixante-dix pourcent des exportations espagnoles passent par le système de transport catalan, poursuit-il. L’Union européenne va laisser tomber tout ça?»

Le bâton du pèlerin de Roger Albinyana

Le secrétaire aux affaires internationales catalan, Roger Albinyana, était justement de passage à Bruxelles, mardi, pour expliquer le cas catalan à des élus belges, membres de la Commission des affaires étrangères.

Le parlement belge est le sixième à aborder la question catalane, après notamment ceux d’Irlande, du Paraguay et de l’Uruguay. Les États-Unis étaient d’ailleurs sur l’itinéraire de M. Albinyana pas plus tard que la semaine dernière.

Au terme de cette rencontre, le Républicain Dana Rohrabacher s’est exprimé en faveur du droit de décider des Catalans. «Je ne vois aucune raison pour laquelle les Catalans ne pourraient pas s’exprimer sur leur relation avec l’Espagne. Comme tout autre peuple, ils ont le droit de décider», a déclaré l’élu californien.

Les Danois ont même voté sur la question catalane. Ils ont approuvé une résolution en faveur du dialogue entre le gouvernement régional et celui de l’Espagne, dialogue rompu depuis de longs mois.

«La communauté internationale doit comprendre que l’indépendance n’est pas la décision d’un parti ou d’une personne, mais celle d’une communauté entière», explique Ferran Mascarell, responsable des affaires culturelles au sein du gouvernement sortant.

Il est là, le défi catalan : rassurer la communauté internationale sur le cheminement non-conventionnel vers la sécession et gagner des appuis, qui se manifesteront une fois l’indépendance proclamée.

Déjà, on peut sentir que la pédagogie fait son œuvre. L’ambassadeur américain en Espagne, James Costos, a déclaré en juin dernier que les entreprises américaines sauraient s’adapter à la création d’un nouvel état, avant d’insister sur le fait que la question relève des affaires internes espagnoles.

Le travail sur la scène internationale est primordial, mais les indépendantistes catalans n’ont pas que des étrangers à convaincre. Ils ont encore du travail à accomplir chez eux, où les appuis au projet souverainiste ont faibli depuis un an, passant de près de 50% aux environs de 40% selon les derniers sondages.

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