Ils ont crié victoire !

Artur Mas sur le podium de sa victoire (Photo: Olivier Arbour-Masse)

Artur Mas sur le podium de sa victoire (Photo: Olivier Arbour-Masse)

Les indépendantistes catalans ont gagné leur pari. Ils ont obtenu une majorité de sièges à l’élection régionale qu’ils ont transformée en plébiscite sur l’indépendance. Mais leur victoire est déjà contestée : ils n’ont pu rallier la majorité des voix.

La principale coalition indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le Oui) a décroché 62 sièges sur les 135 du parlement. La CUP, parti souverainiste d’extrême-gauche, a obtenu 10 sièges, permettant aux sécessionnistes d’obtenir 72 sièges, quatre de plus que les 68 requis pour diriger le gouvernement. À deux, ils ont obtenu 47,9% du vote populaire.

«Nous avons un mandat démocratique que nous honorerons. Nous avons la légitimité car nous avons gagné», a lancé un Artur Mas enflammé aux Catalans réunis au centre-ville de Barcelone.

Son plan : lancer un processus de 18 mois qui, dit-il, mènera à la création d’un nouveau pays en 2017.

Après son discours, le président a enchaîné avec ses meilleurs pas de danse. «Hips don’t lie», aurait chanté Shakira, justement mariée au footballeur Gerard Pique, célèbre indépendantiste catalan.

«Avec sourire et responsabilité, nous écrivons les pages les plus glorieuses de notre histoire», a renchéri Oriol Junqueras, autre candidat vedette de Junts pel Si.

Dans la foule – qui toute la soirée a scandé «In-inde-independencia» -, les Catalans partageaient cette impression. «Le cheminement a été long. Il y a eu beaucoup d’étapes, mais aujourd’hui, c’est la journée qui fait la différence», lance Mar Santa Maria.

La femme de 31 ans a le sourire faible pour une indépendantiste qui a attendu ce jour toute sa vie. «Je suis fatiguée d’avoir dansé», explique-t-elle. N’empêche que l’énergie aurait été plus grande si les indépendantistes avaient pu séduire 2,1% de l’électorat de plus. Et surtout, cela leur aurait permis de faire taire leurs détracteurs.

Le boulet au pied

«La majorité des indépendantistes a voté pour une Espagne unie», s’est vanté la candidate de Ciudadanos Inés Arrimadas. Son discours, retransmis sur écran géant au centre-ville de Barcelone, a soulevé l’ire de la foule indépendantiste. Elle avait le ton frondeur et le sourire de la conquérante. Son parti, nouveau joueur majeur sur l’échiquier politique, a terminé au deuxième rang, propulsant 25 candidats au parlement.

L’incapacité à rallier 50% de l’électorat, voilà le clou sur lequel les non-indépendantistes ont tapé toute la soirée. «Donnez-nous un référendum où on compte des voix et on comptera des voix. Dans une élection, on compte des sièges», martèlent les indépendantistes depuis le début de cette campagne.

Les défis de Mas

Artur Mas a le mandat qu’il désirait, mais plusieurs défis l’attendent. D’abord, former cette alliance avec la CUP.

Quand Mas s’est présenté sur le podium, les Catalans présents ont scandé «président», mais ce statut ne semble pas garanti. La CUP ne veut pas de lui à la tête du gouvernement. Elle lui reproche ses politiques de centre-droit et les soupçons de corruption qui pèsent sur son parti Convergencia.

Mas devra ensuite relancer les négociations avec Madrid, mais pourra-t-il profiter de l’appui tacite d’alliés internationaux pour faire bouger l’inflexible gouvernement espagnol, qui refuse de négocier de l’indépendance catalane? Avec moins de 50% des appuis populaires, la question de la reconnaissance internationale se pose.

Et puis, il devra éviter de se prendre dans les pièges juridiques tendus par Madrid tout en construisant les structures d’État qu’il a promises et en rédigeant la constitution de cet éventuel pays. Le premier ministre Mariano Rajoy a amorcé une réforme du Tribunal constitutionnel pour rendre plus facile la suspension du président catalan advenant une déclaration unilatérale d’indépendance.

Les Catalans ont investi les urnes comme jamais auparavant. Le taux de participation de 77% constitue une victoire en soi pour les indépendantistes. Il prouve qu’ils sont parvenus à faire de ce scrutin un vote unique, loin des élections de routine qu’a tenté de dépeindre le premier ministre espagnol Mariano Rajoy.

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