1,4 million de Catalans dans la rue pour l’indépendance (pour La Presse)

La foule, massée le long de l'avenue Meridiana sur plus de 5 km. (Crédit : CUP)

La foule, massée le long de l’avenue Meridiana sur plus de 5 km. (Crédit : CUP)

Une marée d’indépendantistes a déferlé dans les rues de Barcelone hier. Près d’un million et demi de Catalans ont plaidé pour la création d’un nouveau pays, le leur. Dans un peu plus de deux semaines, ils pourraient faire un pas significatif vers ce rêve qui leur paraît enfin accessible.

Les Catalans sont engagés depuis hier dans la campagne électorale la plus importante des 40 dernières années. Le 27 septembre, ils décideront de leur gouvernement, mais voteront surtout sur la question de l’indépendance nationale.

« Ça peut changer notre histoire. » En cinq mots, Agata Ortuno résume tout l’espoir des 1,4 million de Catalans réunis autour d’elle.

À LIRE SUR LA PRESSE+

La Barcelonaise tenait à être présente en ce jour de la fête nationale, transformée depuis 2012 en immense rassemblement indépendantiste. Elle a fait le voyage depuis Paris, où elle travaille désormais, pour faire sa place au premier rang de ce cortège festif. Derrière elle, 5,2 kilomètres de souverainistes brandissant leur emblématique drapeaux rouge et jaune, frappé d’un triangle bleu et d’une étoile blanche.

« Il y a beaucoup de travail à faire, concède l’avocate de 28 ans, dont la voix perce de peine et de misère la chorale de cris à la gloire d’un nouveau pays. Mais je pense vraiment qu’en montrant la volonté de tout le peuple catalan, ensemble, sans violence, le monde verra qu’on a droit de devenir un état indépendant. »

« Nous avons tout essayé »

Du travail, il en reste amplement sur la table d’Artur Mas. Le président catalan fait le pari d’un chemin peu orthodoxe pour la création d’un nouveau pays : des élections plébiscitaires. La coalition des principaux partis souverainistes, si elle est élue à majorité, prévoit déclarer unilatéralement l’indépendance en 2017. Voilà un domaine dans lequel Artur Mas se serait bien gardé de jouer les pionniers.

« Nous avons tout essayé avant d’arriver jusqu’ici. Et tout veut dire : tout, absolument tout », a plaidé le président sortant, en matinée, devant la presse internationale.

Il rappelle la pleine participation de la région à l’édification de la démocratie espagnole, après la dictature de Franco, à l’entrée de l’Espagne dans la zone euro et à la « construction d’une économie productive, d’un état de bien-être ». « Nous avons collaboré dans tous les domaines, avec un grand enthousiasme et avec une grande loyauté. »

« Mais la nation catalane, une ancienne nation européenne [NDLR : la Catalogne a perdu son indépendance en 1714], a toujours eu l’aspiration de se gouverner elle-même, tant que possible, note-t-il. Toujours dans un projet plus fédéral. C’est ce que nous avons essayé. »

Relation tendue

La région du Nord-Est a subi son lot de revers au sein de l’Espagne ces dernières années. Le retrait d’une partie du statut d’autonomie en 2010 et l’échec de la négociation d’une nouvelle entente fiscale en 2012 ont entraîné une remontée spectaculaire du sentiment indépendantiste. De 15 % en 2006, la proportion de souverainistes frôlait les 50 % l’an dernier.

Artur Mas a tenté d’obtenir un référendum sur l’indépendance. Madrid le lui a refusé, plaidant que l’Espagne est indivisible, selon sa Constitution. Les Catalans, qui appuient l’idée d’un référendum à près de 80 %, ont dû se contenter d’un consultation symbolique à l’automne 2014.

Et puis, aujourd’hui, cette élection plébiscitaire sur laquelle les Catalans fondent tant d’espoir.

« L’indépendance sera difficile à cause des obstacles du gouvernement espagnol. Mais un peuple, on ne peut pas tuer ça. Ça prendra un an, deux ans, cinq ans, mais l’indépendance arrivera », se convainc Lluis, la jeune cinquantaine, venu manifester avec sa femme et son fils.

Les obstacles risquent d’être nombreux. L’Espagne a entamé une réforme juridique afin de suspendre le président Mas s’il devait procéder à une déclaration d’indépendance. On parle également du retrait de ce qu’il reste de l’autonomie catalane. Et puis, cette semaine, le ministre de la Défense Pedro Morenés a insinué que l’armée pourrait intervenir si les lois n’étaient pas respectées.

L’Espagne ne veut absolument pas perdre la Catalogne. Mais pour certains manifestants, le divorce est déjà prononcé.

« Nous sommes déjà indépendants… dans notre esprit, soutient Merce, une comédienne dans la quarantaine. Nous ne sommes pas espagnols, nous sommes catalans. »

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s